À qui appartient l'IA ? Naviguer dans le labyrinthe juridique de la propriété intellectuelle.

Imaginez la scène : vous venez de lancer une campagne publicitaire magnifique, générée en grande partie par une intelligence artificielle de pointe. Elle est efficace, elle est belle, elle convertit. Soudain, un concurrent utilise exactement les mêmes visuels ou, pire, vous recevez une mise en demeure pour contrefaçon. Vous pensiez être propriétaire de vos créations ? La réalité juridique de 2026 est bien plus nuancée.

Chez Imagisto, je discute souvent avec des chefs d’entreprise qui voient l’IA comme un outil de création instantanée, mais qui oublient que le droit, lui, n’évolue pas à la vitesse d’un algorithme. Si l’IA est le moteur, la loi est le code de la route. Et pour le moment, ce code est en pleine réécriture. Cet article n’est pas là pour vous faire peur, mais pour vous donner les clés de protection de votre patrimoine immatériel. Car dans le monde des affaires, ce qui n’est pas protégé n’appartient à personne.

1. Le paradoxe du droit d’auteur : Pas d’humain, pas de protection

C’est le pilier fondamental du droit français et européen : pour qu’une œuvre soit protégée par le droit d’auteur, elle doit porter l’empreinte de la personnalité de son auteur. Or, par définition, une machine n’a pas de personnalité.

Comme le souligne régulièrement l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) dans ses notes de 2025, une image ou un texte généré « brut » par une IA, sans intervention humaine créative significative, tombe immédiatement dans le domaine public. Cela signifie que n’importe qui peut le copier, le réutiliser ou le modifier sans votre accord.

Le point de vue Imagisto : C’est ici que mon rôle de designer prend tout son sens. Si vous appuyez simplement sur un bouton, vous produisez du contenu « libre de droits » au sens le plus dangereux du terme. Mon examen va consister à injecter cette « empreinte humaine » par la supervision, la retouche manuelle et l’hybridation, qui seule permet de revendiquer une propriété réelle sur vos actifs visuels.

2. L’EU AI Act : Ce que les PME doivent savoir en 2026

L’Europe a pris une longueur d’avance avec l’EU AI Act, dont l’application est désormais totale en ce début d’année 2026. Pour vous, dirigeant de PME, cette réglementation n’est pas qu’une contrainte bureaucratique ; c’est un bouclier.

Le règlement classe les systèmes d’IA par niveau de risque. Mais la partie qui nous intéresse ici concerne la transparence. Désormais, toute entreprise utilisant l’IA pour générer des contenus profonds (deepfakes) ou des textes d’information doit l’indiquer clairement. En d’autres termes, si une entreprise utilise une IA pour créer des vidéos truquées ou des textes, elle est obligée de prévenir les gens en disant clairement que c’est fait par une IA.

L’EU AI Act impose également aux fournisseurs de modèles (OpenAI, Google, Anthropic) une transparence totale sur les données utilisées pour l’entraînement. Pourquoi est-ce crucial ? Parce que cela réduit le risque que votre entreprise soit poursuivie parce qu’un outil a « plagié » une œuvre protégée sans que vous le sachiez. En 2026, la conformité n’est plus une option, c’est une preuve de sérieux envers vos clients.

3. Données et confidentialité : Le piège des prompts

C’est sans doute le risque le plus sous-estimé par les TPE. Lorsque vous saisissez des données confidentielles dans une IA (votre fichier client, votre stratégie de prix, un brevet en cours), ces informations peuvent être utilisées pour entraîner les futures versions de l’outil.

La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) a multiplié les avertissements et les sanctions en 2024 et 2025 contre les entreprises négligentes. Une fuite de données via un prompt est une violation du RGPD.

Conseil Imagisto : Utilisez la méthode R.C.T. (Rôle, Contexte, Tâche) avec une hygiène stricte. Donnez du contexte métier, mais ne donnez jamais de données nominatives ou de secrets industriels. Considérez l’IA comme un stagiaire à qui vous ne donneriez jamais les clés du coffre-fort.

4. Responsabilité juridique : Qui paie en cas de litige ?

Si une IA génère un contenu qui enfreint les droits d’un tiers ou qui est diffamatoire, qui est responsable ?

  1. Le développeur de l’IA ?
  2. L’utilisateur qui a rédigé le prompt ?
  3. L’entreprise qui a diffusé le résultat ?

En 2026, la jurisprudence française est claire : c’est le diffuseur (votre entreprise) qui est en première ligne. Les conditions générales de la plupart des outils d’IA (Midjourney, ChatGPT) stipulent qu’ils se déchargent de toute responsabilité en cas de litige lié au contenu généré.

C’est là que le bât blesse : sans un contrat clair avec un prestataire humain (comme un graphiste ou une agence) qui garantit l’originalité de ses créations, vous portez seul le risque juridique. Faire appel à un professionnel, c’est aussi acheter une assurance sérénité.

5. Sécuriser votre actif immatériel : Les bonnes pratiques

Pour transformer l’IA en levier de croissance sécurisé, vous devez adopter une stratégie de « Preuve de Création ».

Le droit d’auteur ne protège pas l’idée, mais la forme. Plus vous documentez votre processus créatif (vos itérations, vos croquis intermédiaires, vos modifications manuelles sur les sorties d’IA), plus vous vous donnez les moyens de prouver devant un tribunal que l’œuvre finale est le fruit de votre travail humain et non d’une simple génération aléatoire.

Comme le souligne souvent Luc Julia, l’intelligence est dans l’intention. En archivant vos prompts (méthode RCT) et vos étapes de travail, vous transformez un fichier numérique volatil en un actif d’entreprise valorisable au bilan.


6. Encadré pratique : Votre checklist de « Sécurité Juridique IA »

Avant de publier un contenu généré ou assisté par IA, passez-le au crible de cette grille de vérification.

  • Vérification de l’outil : Les conditions générales (CGU) de mon outil m’accordent-elles le droit d’utiliser le résultat à des fins commerciales ? (Attention aux versions gratuites souvent limitées à l’usage personnel).
  • Vérification de l’originalité : Ai-je effectué une recherche d’image inversée (Google Lens, TinEye) pour m’assurer que l’IA n’a pas produit quelque chose de trop proche d’une œuvre existante ?
  • Vérification des données : Ai-je supprimé tout nom propre, adresse, ou donnée confidentielle de mon prompt avant de l’envoyer sur le serveur ?
  • Vérification du « taux d’humain » : Quelle part de ce travail ai-je modifiée, éditée ou structurée moi-même ? (En dessous de 50%, considérez que vous n’êtes pas protégé par le droit d’auteur).
  • Vérification de la transparence : Si le contenu est une image photoréaliste d’une personne qui n’existe pas, ai-je ajouté la mention « Image générée par IA » conformément à l’EU AI Act ?

Conclusion : Le droit, ultime gardien de votre valeur humaine

Le labyrinthe juridique de l’IA ne doit pas vous paralyser, mais vous inviter à la rigueur. En 2026, la différence entre une entreprise qui survit et une entreprise qui domine se fera sur sa capacité à protéger ce qui la rend unique.

L’IA est un outil fantastique de productivité, mais elle ne peut pas signer de contrats, elle ne peut pas posséder de droits et elle ne peut pas assumer de responsabilités. Ces prérogatives restent le domaine exclusif de l’humain. En collaborant avec un partenaire de confiance, vous ne vous contentez pas d’utiliser la technologie ; vous l’encadrez par une expertise qui garantit que votre image de marque reste votre propriété exclusive, aujourd’hui et demain.

L’innovation sans protection est un château de sable. Construisons ensemble des fondations solides pour votre communication.


Sources vérifiées et citées :

  • INPI : « Guide pratique : IA et Propriété Intellectuelle, protéger ses actifs en 2025 ».

  • CNIL  : « Plan d’action sur l’IA générative : conformité et protection des données personnelles ».

  • Commission Européenne : « EU AI Act : Règlementation complète et calendrier de mise en œuvre ».

  • Luc Julia : « L’IA, le droit et l’intention humaine », conférence au Sommet de l’Innovation, Paris.

  • Café IA : « Rapport juridique : Qui possède les images générées par IA ? ».

  • Village de la Justice : « Jurisprudence : La première condamnation pour contrefaçon via IA générative en France ».